ÉDUCATION À L'ENVIRONNEMENT

Aimer la nature comme option de vie et de durabilité

Aimer la nature comme option de vie et de durabilité

«Cette version économisée de la« durabilité »fait aussi baisser la garde des considérations sociales et environnementales au nom de la nécessaire croissance économique qui, selon ses promoteurs, permettra d'apporter le développement aux populations. Les questions naïves à ce stade sont le développement pour qui? Le développement aux dépens de quoi? "

Si dans la pensée hégémonique il n'y a qu'une seule manière de concevoir la relation entre société et nature dans notre monde très diversifié, nous pouvons trouver une diversité d'ontologies ou de manières de concevoir cette relation. La figure 1 montre, de manière simplifiée, les différentes manières de concevoir la relation société / humanité-nature.

Une première conception renvoie à la reconnaissance que la nature et la société / l'humanité sont des réalités totalement différentes et séparées. Certains attributs qui nous différencieraient, de ce point de vue, c'est que les êtres humains sont les seuls à avoir la dignité, la conscience, le jugement, entre autres. Dans ce look, la nature a été faite pour notre domaine et notre utilisation. Sous cette conception objectivante et instrumentale de la nature, on justifie sa valeur dans la mesure où elle nous est utile (ressource naturelle) et il n'y a aucun problème à l'exploiter car c'est sa raison d'être. S'il y a de la douleur et de la souffrance chez les animaux et la sensibilité des plantes, ce sont des problèmes qui ne sont pas pertinents. La sensibilité ne s'applique qu'aux êtres humains (parmi ceux qui ont le plus de pouvoir).

Une deuxième perspective reconnaît que les êtres humains sont en fait des holobiontes, ce qui signifie que nous vivons dans une communauté symbiotique avec des bactéries qui composent le microbiome humain et qui rendent la vie possible (Basurto, 2019; Maldonado, 2018). En d'autres termes, nous marchons dans des écosystèmes où la vie est rendue possible grâce aux interactions homme-bactéries.

La troisième perspective peut être trouvée chez les peuples autochtones où ils soulignent que les êtres humains peuvent se transformer en plantes ou animaux et ceux-ci en humains et retrouver leur forme originale. Les guérisseurs qui sont les intermédiaires entre le monde humain et le monde non humain sont capables de cette transformation. Mais l'explication ne se réduit pas aux plantes et aux animaux car elle peut aussi impliquer des montagnes ayant la capacité de devenir des êtres humains et de kidnapper des personnes.

La quatrième perspective nous dit qu'il n'y a pas de nature parce que c'est une catégorie inventée pour les êtres humains et qu'il y a une continuité entre nature et culture, entre nature et société. Le terme nature serait alors utilisé comme un moyen de nier la réalité socio-écosystémique et la nécessité de formuler des alternatives socio-naturelles là où il y a place pour des discussions qui dépassent même les politiques conventionnelles (Swyngedouw, 2011).

Une cinquième perspective souligne le fait de reconnaître qu'être nature et humain à la fois, parfois notre humanité se manifeste pleinement, et d'autres fois notre condition de nature. Nous sommes constitués des mêmes éléments du cosmos, donc de la nature, nous faisons partie des grands cycles biogéochimiques, nous dépendons des plantes pour l'oxygène, nous dépendons des mers et des forêts pour l'approvisionnement en eau nécessaire de nos cycles vitaux mais en même temps nous avons la capacité de penser à nous-mêmes, d'examiner les impacts de nos décisions.

Comme nous avons pu l'apprécier, il n'y a pas de manière unique de concevoir les relations société-nature et il ne s'agit pas d'imposer une vision ontologique du monde à l'autre mais de reconnaître l'interrelationalité des ontologies et de ne pas penser que seule celle que l'Occident a institutionnalisée avec sa logique doit prévaloir disjonctif et réducteur.

Il faudrait alors se demander quels ont été et quels sont les impacts d'une conception de l'arrogance anthropocentrique qui nous a conduits à une crise mondiale, dont la crise climatique est l'une des manifestations, d'autres ont à voir avec la contamination des sols, de l'eau et de l'air. et même la contamination des valeurs qui a conduit à une corruption institutionnalisée. On ne peut nier que même dans une conception instrumentalisante de la nature, de grands progrès ont été faits pour protéger les écosystèmes, mais au-delà des justifications économiques, l'important est de reconnaître l'importance des valeurs intrinsèques de la vie dans l'une de ses manifestations.

La prédominance des conceptions économistes de la nature nous a conduit à déclarer la guerre pour de bon pour que la civilisation du fer, du ciment, de la production, de la productivité, de la compétitivité prévale. De ce point de vue, les forêts sont considérées soit comme une zone d'exploitation de leurs ressources, soit comme une zone d'expansion des investissements «civilisationnels» qui conduiront à l'incorporation des zones oisives et improductives de l'Amazonie dans le mécanisme du progrès.

Cette version économisée de la «durabilité» fait aussi baisser la garde des considérations sociales et environnementales au nom de la nécessaire croissance économique qui, selon ses promoteurs, permettra d'apporter le développement aux populations. Les questions naïves à ce stade sont le développement pour qui? Le développement aux dépens de quoi? De ce point de vue, il n'est donc pas surprenant que les mouvements critiques du modèle de développement actuel cherchent des alternatives plus cohérentes avec la reconnaissance de notre étroite relation avec la nature.

Nous pouvons en quelque sorte inverser la situation actuelle d'agression contre la nature si nous retrouvons l'éthique du soin mutuel entre humains et non-humains. C'est ici que la proposition de récupérer, d'incorporer, de renforcer et d'institutionnaliser l'amour de la nature comme condition de vie et de durabilité prend un sens et une signification réels. Parler de compassion, de tendresse et d'empathie dans nos relations société-nature, ce n'est pas rester dans le romantisme, l'utopie, la rêverie idéaliste ou même le ridicule comme certains le penseront sûrement. Il va à l'essence même de notre existence et à l'existence des êtres humains et non humains présents et futurs.

Aimer la nature, ce n'est pas nier la rationalité, ni l'information, ni la science, ni la recherche, mais plutôt la re-signifier pour apprendre à inscrire ses résultats dans la gestion durable du grand socio-écosystème qu'est la terre, apprendre à vivre dans les territoires en reconnaissant le interrelation étroite entre le tangible et l'immatériel, le passé, le présent et le futur qui permettra de retrouver la dignité de tous les êtres vivants sur terre. Ce n'est pas un anthropocentrisme ou un biocentrisme exacerbé, il s'agit simplement de mettre la vie au centre de la réflexion et de l'action transformatrice. Nous payons très cher le fait d'avoir placé le marché et la croissance économique au centre de la civilisation. Il est temps pour la grande transformation. Avant qu'il ne soit trop tard.

Références bibliographiques:

Basurto, Oswaldo. L'organisme individuel existe-t-il? La symbiose et l'émergence de nouveaux individus. Dans: Villegas, Moisés; Lorena, chevalier; Vizcaya, Eduardo. (Rédacteurs). 2019. Biocomplexité: facettes et tendances. Mexique: CopIt-arXives, 221-238.

Maldonado, Carlos. 2018. Politique + Temps = Biopolitique Complexer la politique. Bogotá: éditions d'en bas.

Swyngedouw, Erick. 2011. La nature n'existe pas! La durabilité comme symptôme d'une planification dépolitisée. Urbain. 41-66.

Par Rodrigo Arce Rojas

Ecoporta.net


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