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2015: l'année du réarmement nucléaire

2015: l'année du réarmement nucléaire

Par Adrián Mac Liman *

Alors que les Européens indignés tentaient de (re) définir leurs relations déjà houleuses avec l'islam, confondant parfois terrorisme et traditionalisme, les yeux de l'administration Obama étaient braqués sur un autre front: celui de la récalcitrant La Russie, qui, selon les stratèges américains, s'était engagée à violer les normes de sécurité transatlantique contenues dans l'acte final de la conférence d'Helsinki, qui interdit la modification des frontières par le recours à la force ou à la menace. Pour Washington, l'annexion de la Crimée et le conflit de faible intensité dans l'est de l'Ukraine constituent des violations flagrantes des engagements internationaux pris par le Kremlin il y a plus de trois décennies.

Oui, c'est vrai: le monde a changé. Dans les années 70 du siècle dernier, les confins des deux grands blocs se situaient au cœur de l'Allemagne. Une division artificielle à laquelle l'Occident voulait mettre fin. Le général de Gaulle lui-même a parlé de l'Europe de l'Atlantique à l'Oural, d'une Europe unie. Aujourd'hui, l'Alliance atlantique atteint la mer Noire et la Baltique. L'Ukraine est toujours le tampon entre la Russie et l'Occident. Mais jusqu'à quand? L'Union européenne injecte d'énormes sommes d'argent pour relancer l'économie d'un pays qui souffre de deux grands maux: la corruption et l'intolérance. Mais l'Ukraine est la cheville ouvrière de l'offensive vers l'est, dans la tanière de l'ours russe.


Il y a quelques semaines, à la suite de l'adoption de la énième série de sanctions imposées à la Russie par l'administration Obama et ses alliés européens, le président Poutine a annoncé un changement de cap dans la politique étrangère du Kremlin. Le message était à la fois simple et ferme: «N'utilisez pas la force contre la Russie; nous n'allons pas nous mettre à genoux devant des puissances étrangères ». Les faits accompagnaient les paroles. Sous-marins dans les eaux territoriales des pays voisins, vols de reconnaissance dans l'espace aérien des membres de l'Alliance, manœuvres militaires avec des armes classiques et… des missiles nucléaires. Comme si cela ne suffisait pas, la Russie entend moderniser son arsenal de missiles balistiques; L'Amérique du Nord annonce le redéploiement de ses propres ogives nucléaires sur le sol européen. Washington accuse Moscou d'avoir violé le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF), signé par les superpuissances en 1987. De son côté, le Kremlin fait allusion à de multiples transgressions américaines, ce que le Pentagone nie fermement. La méfiance règne.

L'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger avait l'habitude d'affirmer que l'ordre mondial dépend d'un subtil méli-mélo de pouvoir et de légitimité. Il semble que cette formule ne soit plus valable. Les analystes occidentaux estiment, pour leur part, que Poutine "n'exclut pas l'usage de la force", considérant que la guerre est une composante légitime et rationnelle, une simple continuation de la politique employant autres médias.

Il est à noter que l'administration Obama a choisi de ne pas donner la note à l'Est du Vieux Continent, envoyant la sous-secrétaire d'État aux Affaires européennes, Victoria Nuland, dans les pays de première ligne. Leur mission: persuader les nouveaux alliés de Washington de la nécessité d'accepter la présence d'installations de boucliers antimissiles sur leur territoire, augmenter les budgets de défense et pratiquer des politiques de transparence. Ce sont des devoirs imposés: le prix à payer pour être du côté… des gentils.

Décevez-vous, cher lecteur: ce n'est pas simplement un autre épisode de la guerre froide. Cela ressemble plus à un conflit enflammé. Avec l'aggravation que cette fois, la menace nucléaire se profile à nouveau à l'horizon.

CCS


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